Du 4 au 5 février 2026, les lauréats de l’Accélérateur passerelles sont partis, pour leur première Expédition Apprenante, en immersion dans le milieu éducatif des Vosges ! On vous raconte.

Avant de débuter le récit de ces deux, voire trois jours, passés par la troisième promotion de passerelles dans les Vosges, il convient de vous dire quelques mots sur ce qu’est une “LEX” : une expédition apprenante. L’idée de ces séjours est permettre à des entrepreneurs et entrepreneuses d’aller à la rencontre d’acteurs territoriaux, en l’occurence de l’éducation, afin de confronter leurs idées, leurs innovations et leurs solutions aux réalités concrètes du terrain, aux défis que rencontre le personnel éducatif et les élèves. À la clé : des avancées, des déblocages et de nombreux contacts. Et pourquoi les Vosges ? Parce que c’est un territoire innovant, à la pointe des EdTechs mais aussi, et surtout, parce que le Président du Conseil départemental est le parrain de la promotion et parce que la Banque des Territoires accompagne les Vosges à plusieurs titre. Notamment dans le cadre de son rôle d’opérateur France 2030 : les Vosges sont un Territoire Numérique Éducatif (TNE) et l’ESJ de Mirecourt est lauréat France 2030.

9h15. Le soleil rasant, le relief presque montagneux et la température ambiante nous rappellent que nous sommes bien dans les Vosges. Mais l’accueil au collège de Mirecourt réchauffe immédiatement l’ambiance. 500 élèves, une section ULIS, et une équipe pédagogique qui n’a pas attendu pour se poser les bonnes questions. Ici, l’IA n’est pas un gros mot, c’est un sujet de préoccupation : comment accompagner les parents et les élèves pour qu’ils ne soient pas submergés ? Comment faire bénéficier les enseignants des avancées technologiques ?

Mercredi 4 février : Mirecourt, l’innovation numérique n’a pas attendu Passerelles

Ces questionnements sont au cœur du projet de l’établissement, étroitement lié à l’Espace Services Jeunesse (ESJ). Véritable tiers-lieu au sein du collège, l’ESJ est un carrefour ouvert sur l’extérieur : orientation, culture, parentalité et numérique s’y croisent pour 700 usagers mensuels. La DRANE (Direction Régionale Académique au Numérique Éducatif) est également présente pour rappeler son rôle : l’académie de Nancy-Metz a été l’une des premières à déployer le GAR, ce sésame indispensable pour garantir la conformité RGPD et éviter que les expérimentations ne restent bloquées à la porte de l’école.

De la posture d’élève à celle de professeur.

Après les présentations, place à l’action. Les startups se répartissent dans les classes. Apprentissage des langues, lutte contre le harcèlement, correction des copies : toutes les innovations passent au crible de la curiosité des élèves. Surprise : face aux solutions de correction de copies, les élèves se glissent avec un sérieux déconcertant dans la peau de l’enseignant. Certains se découvriraient presque une vocation !

En débriefing, si les élèves sont ravis de découvrir que de telles solutions existent, ils pointent aussi leurs frustrations : « Le numérique à l’école c’est bien, mais on nous interdit tout, donc c’est compliqué ». Du côté des équipes pédagogiques, un constat : il y a un décalage entre le numérique attendu et pratiqué par les élèves et le numérique pédagogique. Il y aussi une vision claire : le numérique doit rester un moyen, pas une fin. L’enjeu est d’éduquer au et par le numérique.

Le facteur humain comme moteur

Pour diffuser ces bonnes pratiques, le collège mise sur ses forces vives côté élèves : un réseau de 14 à 16 « ambassadeurs du numérique ». Ces élèves motivés sont formés aux outils pour aider leurs pairs.

Côté communuauté enseignante, la notion d’humain et de réseaux prend aussi tout son sens. On adopte plus facilement une ressource si elle est recommandée par un collègue. On a d’autant plus envie de tester du nouveau matériel qu’un retour d’expérience après un prêt de 3 mois aura été partagé à tout le monde. On sera d’autant plus convaincu par l’intérêt d’une innovation que ses intérêts seront demontées. C’est le cas par exemple pour l’autonomie des élèves à besoins particuliers.

La principale de l’établissement explique ainsi : « nous avons la chance d’avoir un enseignant référent numérique ». « Mais l’outil a ses limites, il faut de l’humain et, surtout, la solution la plus simple possible. »

La table ronde : le parcours d’une ressource, de l’idée à la classe.

La table ronde a été l’occasion de décortiquer le « qui décide quoi ? ». L’objectif : sortir de la théorie pour comprendre comment une solution EdTech atterrit réellement sur le bureau d’un enseignant vosgien.

Dans ce décor vosgien où 70 communes sur 76 comptent moins de 500 habitants, l’innovation ne se décrète pas d’un clic : elle se tisse. On y a découvert que dans ces villages, le principal frein n’est pas la volonté, mais le manque de bras. Sans ressources humaines dédiées au numérique dans les petites collectivités, c’est le Département des Vosges qui endosse le rôle d’acteur pivot. Depuis 2021, la jeunesse est devenue sa priorité absolue, un engagement qui se traduit par la gestion directe de 47 collèges et d’un tiers-lieu éducatif, palliant ainsi l’absence de compétence « éducation » au niveau des intercommunalités.

Autour de la table ronde, le dialogue entre entrepreneurs et élus a permis de lever le voile sur le parcours mouvementé d’une ressource EdTech. On a compris que pour entrer dans une classe vosgienne, il faut savoir frapper aux deux bonnes portes : celle de la pédagogie via la DRANE, qui valide la pertinence et la sécurité des données, et celle de la collectivité qui, elle, regarde les familles autant que les élèves. Mais c’est sur la question budgétaire que les échanges ont été les plus formateurs pour les lauréats. Dans le monde des collectivités, l’argent est compartimenté : il est souvent bien plus simple de débloquer des budgets d’investissement pour du matériel que des frais de fonctionnement pour des abonnements. Pour une startup, comprendre cette nuance est important mais nos lauréats passerelles ne restent pas sans propositions. Est-ce qu’il ne serait pas plus simple d’accorder une poche budgétaire pour chaque établissement et les laisser maîtres de la décision ?

Au-delà des chiffres, une valeur a dominé tous les débats : l’équité. Pour le Département, le numérique ne doit surtout pas devenir un nouveau facteur de fracture. Il s’agit de ne pas aggraver les écarts de niveau en laissant chaque commune bricoler ses propres solutions. D’autant plus quand le chiffre de 40% des enseignants qui achètent eux même les ressources dont ils ont besoin. C’est tout l’intérêt de l’échelle départementale, qui permet de réaliser des groupements de commande – comme pour l’ENT – afin que chaque enfant, qu’il vienne de Mirecourt ou d’un petit hameau reculé, dispose des mêmes armes numériques.

Présentation de la solution Logbook aux élèves de la classe

Jeudi 5 février : Épinal, l’inclusion comme boussole

Le deuxième jour nous emmène au collège Saint-Exupéry, en zone REP+. Ici, malgré un IPS très bas et un grand nombre d’élèves allophones, le climat scolaire est serein, les élèves faciles à intéresser et l’équipe enseignante dynamique.

L’ajustement permanent

Les démonstrations en petits groupes permettent des échanges privilégiés sur le rapport à l’évaluation. Les retours du terrain sont constructifs : des retours sur l’intérêt de vidéos pour mieux apprendre, un intérêt pour les enseignements dès qu’on adapte le langage — en utilisant le football pour illustrer un concept par exemple.

Les professeurs sont demandeurs de ces temps de découverte, mais ils sont pragmatiques : ils cherchent l’efficacité pour gagner du temps sur les tâches répétitives afin de se consacrer à l’essentiel : le lien affectif et pédagogique avec les élèves.

Accompagner la ville et les familles

L’après-midi au Conseil Départemental, loin d’être une simple formalité de clôture, a permis de mesurer l’ampleur du rôle des collectivités dans le « hors-classe ». À Épinal, la municipalité a rappelé que si elle gère les murs et l’entretien, elle est aussi un acteur central du temps périscolaire. Via des lieux comme l’e/space, dédié à l’apprentissage du code, la ville prouve que l’accompagnement ne s’arrête pas à la sonnerie de fin des cours. L’intérêt des élus s’est d’ailleurs porté massivement sur l’outillage de l’aide aux devoirs – un temps dont l’animation revient à la collectivité – et sur le soutien scolaire. Avec des dispositifs comme le Programme de Réussite Éducative (PRE), où un tuteur accompagne un enfant à domicile, la ville souligne que le numérique doit être un levier pour ces intervenants, souvent plus proches du terrain social que du monde enseignant.

Ce défi de l’accompagnement rejoint celui de la parentalité numérique. En travaillant main dans la main avec la CAF et le Département, la ville cherche à aider des parents parfois démunis face aux outils.

En revanche, un regret a été exprimé : le manque de visibilité sur l’usage des ressources numériques financées. Une collaboration plus étroite avec l’Académie et le Département serait nécessaire. Cette nécessité d’un maillage serré a été confirmée par Canopé, rappelant que la clé de la diffusion d’une ressource réside dans la proximité de ses 100 ateliers. Pour les lauréats, ce temps long a été une leçon de réalisme : une solution EdTech ne peut réussir que si elle est intégrée dans ce continuum entre l’école, le périscolaire et la maison.

Présentation de la solution Logbook aux élèves de la classe

Ce que nous ramenons dans nos valises

Après un dernier débriefing (score de satisfaction de 3/4), les lauréats repartent avec des perspectives enrichies :

  • L’usage avant le financement : On n’achète plus pour « tester », mais pour répondre à des besoins d’inclusion et de réussite pour les élèves les plus fragiles.
  • Adapter son modèle : La stratégie commerciale doit s’aligner sur les contraintes publiques (privilégier les budgets d’investissement).
  • Le terrain comme boussole : Les échanges directs avec les bénéficiaires et la gouvernance locale confortent certains choix stratégiques tout en ouvrant de nouvelles pistes de développement.
  • La question de l’équipement à la maison se pose, tout comme celle du matériel en classe, lorsque l’on parle d’usage pédagogique du numérique. Comment alors, proposer une expérience en classe la plus fluide possible ? Cela requiert une grande exigence, un fort pragmatisme et une proximité avec les enseignants que cette LEX a permis d’amorcer.

Le mot de la fin ? Malgré des inquiétudes légitimes sur la complexité du marché K12 en France, la bonne ambiance et la qualité des rencontres entre lauréats ont marqué les esprits. Sortir la tête de l’eau pour confronter son idée à la réalité vosgienne aura été, sans aucun doute, le meilleur moyen de construire l’EdTech de demain.

Nous remercions l’ensemble des institutions et personnes présentes pendant cette LEX :

  • Le collège Guy Dolmaire (Mirecourt) – Sa Principale Laure COLIN
  • L’ESJ de Mirecourt – Sa coordinatrice Nathalie MORIZOT
  • Le collège de Saint Exupéry (Epinal) – Sa Principale Maryline AMET
  • La DRANE – Cécile TANTIN, Alain SOZANSKI et Valérie BOILEAU
  • La Ville d’Épinal – le DSI Rémi Thomas et la Chargée d’affaires scolaire Armelle ROLAND
  • La Ville de Golbey – Son Adjoint en charge des affaires scolaires : Camille Zeghmouli
  • La Communauté de communes Vosges Côté Sud Ouest – Son VP affaires scolaire et périscolaire Gérard BOGART et la coordinatrice écoles :  Corinne LANGEVIN
  • La Ville de Mirecourt et la Communauté de communes Mirecourt Dompaire – Sa Présidente Nathalie BABOUHOT
  • Le Conseil départemental des Vosges – Son Président François Vannson, Sa VP en charge des finances et administration générale Nathalie BABOUHOT. Et un grand merci à Stéphane POTTIER qui a coordonné l’ensemble de cette LEX.

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